Histoire de la Tunisie

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L'histoire de la Tunisie débute véritablement avec la fondation de Carthage en l'an 800 avant JC, par les Phéniciens. Rapidement, la ville s'agrandit et prospère, supplantant tous les autres comptoirs plus anciens dans la région du Golfe de Tunis, comme Bizerte ou Sousse. Au Vème siècle avant JC, Carthage est la ville la plus peuplée et la plus riche de méditerranée. C'est aussi la ville la plus puissante économiquement grâce à sa flotte marchande, militairement, de par son armée, et son rayonnement culturel est envié par les grecs et les romains. Carthage va ainsi dominer la méditerranée occidentale et l'Afrique du Nord du VIIème au IIème siècle avant JC, s'installant à Ibiza, en Sardaigne, en Sicile et au sud de l'Espagne. Rome voit d'un mauvais oeil l'expansion de sa rivale et les guerres puniques, qui verront Hannibal franchir les Alpes et manquer de peu de prendre Rome, aboutiront cependant à la victoire de l'empire romain, et Carthage sera livrée aux pillages et aux flammes à l'issue d'un siège interminable.

C'est pourtant les romains qui ressusciteront la ville lorsqu'ils voudront assoir leur domination dans la région ; Jules César vient de prendre la Namibie voisine, et il confie à Octave la tâche de faire de Carthage le centre de commandement de la méditerranée. Le commerce reprend et refait rapidement la fortune de la cité, et d'autres colonies romaines prospèrent elles aussi : Dougga, Makhtar, Sbeïtla, Bulla Regia... La province alors appelée Africa est le grenier de l'empire romain ; son agriculture florissante, ainsi que son dynamisme économique, contribuent à l'expansion du modèle culturel et politique romain.

En 430 après JC, les Vandales débarquent dans la région et ils pillent Carthage en 439. Ils persécutent les chrétiens mais conservent le modèle de vie local, ainsi que le latin, qui y est la langue officielle. Un siècle plus tard ils sont chassés par les armées byzantines ; Justinien fait reconstruire les villes dévastées, et implante de nombreuses forteresses destinées à prévenir la menace berbère qui sévit à l'interieur des terres, et à se prémunir d'assauts par la mer. De fait, la région est mal contrôlée par Constantinople, trop lointaine ; l'expansion arabo-musulmane se voit renforcée par la fondation de Kairouan en 670, qui vera son influence s'étendre dans toutle maghreb et jusqu'en Espagne. En 698 Carthage est prise par Hasan ibn el-Humen, signifiant la fin de la présence byzantine. S'ensuite une periode trouble où les berbères resistent à l'envahisseur musulman, qui finira par les convertir de force et les enrôler dans sa propre armée. Ils seront utilisés jusqu'en Espagne et même en Gaule, jusqu'à Poitier. Cependant le schisme avec les Arabes se creuse lorsqu'ils s'emparent de Kairouan et y mènent une révolution contre le pouvoir central jusqu'à la fin du siècle. Pourtant la province d'Africa restera bel et bien une terre d'islam. Carthage est délaissée au profit de Tunis, à l'interieur des terres. En l'an 800, la dynastie des Aghlabides est fondée et avec elle débutera un siècle de prospérité ; les grandes villes sont agrandies et améliorées, des monastères sont érigés le long de la côte, et Kairouan, la capitale, sera un foyer culturel majeur dans le monde islamique. Les préceptes du Coran qui y sont enseignés seront diffusés dans tout le nord de l'Afrique ; une guerre sainte est par ailleurs déclarée contre les chrétiens et la Sicile sera prise à cette occasion. Des raids seront aussi lancés sur la Sardaigne et Malte.

Les Fatimides succèdent aux Aghlabides, et choisissent de s'installer à Mahdia, tout en opérant un véritable schisme religieux. Ils entreprennent des travaux d'irrigation qui relanceront l'agriculture, et renforceront les liens commerciaux avec d'autres puissances méditerranéenes. Leurs visées expansionnistes verront la fondation du Caire en 973, où ils partiront s'installer, laissant la région à une famille vassale, les Zirides. Ceux-ci voudront bientôt réclamer leur indépendance, mais ils seront écrasés par les Fatimides, qui lancent sur eux des pillards egyptiens dévastant le sud et le centre de la province. Dès lors, les villes cotières décident d'assurer leur propre sécurité et s'érigent en principautés, mais Gène, Pise et bientôt les Normands de Sicile prennent avantage de l'instabilité de la région et attaquent les ports les plus riches, et s'emparent de Sfax, Djerba et Mahdia.

Les Almohades, venant du maroc, unifient et pacifient le maghreb. La stabilité retrouvée et les envahisseurs chassés, Tunis devient le centre du pouvoir local, mais la distance affaiblit l'influence marocaine là encore. En 1230, le gouverneur proclame l'indépendance de son état, puis son fils obtient le titre de calife en lui succédant. La ville s'enrichit de palais, de mosquées et de medersas, et les juifs et musulmans chassés de l'Espagne catholique y importent les compétences commerciales et artisanales, qui contribueront à l'essor économique de la ville. Des échanges florissants avec les puissances étrangères, Venise, Gène, Marseille, la Sicile, l'Espagne, continueront à enrichir le pays, mais les erreurs politiques commises par la dynastie hasfide se solderont par des attaques venues d'Espagne et de Turquie.

Le positionnement stratégique de Tunis en tant que plaque tournante du commerce en méditerranée en fait l'enjeu d'une lutte acharnée entre l'Espagne et l'Empire Ottoman. D'abord prise par Barberousse pour le compte des ottomans, puis par Charles Quint pour les Espagnols, et une nouvelle fois par les ottomans, la région compte maintenant la piraterie parmi les activités locales qui influent le plus sur la politique et l'économie. Le pouvoir ottoman installe un pacha et ses janissaires, mais les luttes intestines entre le bey et les chefs militaires fragilisent l'administration de la province. Au début du XVIIème siècle, le bey Murad obtient le titre de pacha, et sa dynastie perdurera jusqu'en 1702. A sa suite, la dynastie Husaynide entreprend de réorganiser le pays et le pacifier, tout en s'éloignant de l'influence d'Istambul.. Aux errements politiques et aux intrigues de succession s'ajoutent l'interventionnisme grandissant des européens, et bientôt l'état est au bord de la banqueroute. La pression coloniale s'intensifie lorsque la France prend Alger en 1830. Cependant la Tunisie restele premier pays musulman à abolir l'esclavage, en 1846, puis à se doter d'une Constitution, en 1851.

Le Traité de Bardo autorise la France à occuper militairement la Tunisie, en 1881, puis à exercer son "protectorat" à partir de 1883. Le modèle francais va être progressivement appliqué via des réformes législatives et administratives, et bien que le bey reste en place, un résidant général contrôle toutes ses décisions. Un important réseau routier et ferré se développe, des mines sont ouvertes et exploitées, les ports sont agrandis et modernisés. Les finances sont assainies, mais l'élite qui s'accapare les principales richesses du pays exaspère la population, qui le manifestera par des émeutes en 1911. L'état d'urgence est décrété et maintenu jusqu'en 1921. Des vellétités d'indépendance sont à nouveau exprimées par de nouveaus partis politiques, jusqu'à l'emprisonnement de leurs leaders, puis la restauration de l'état d'urgence en 1938.

L'Allemagne nazie débarque à Tunis en 1942, et le reste du pays est occupé par les forces germano-italiennes. Patton et Montgomery parviennent à repousser Rommel et le contraignent à quitter Tunis en mai 43. Bourguiba s'aligne du côté Allié et symbolise le renouveau de la colonté d'indépendance du pays. Le système du protectorat entre en crise en 1950 et les activistes nationalistes entreprennent une guerilla contre les colons, sur le modèle de leurs voisins algèriens. En 1954, Pierre Mendès-France proclame l'autonomie interne de la Tunisie ; en 1956 elle otient son indépendance, et Bourguiba en est son président. L'enseignement est laïcisé, la polygamie et la répudiation sont interdits, au profit du divorce judiciaire, et l'homme et la femme jouissent d'une égalité de statut inscrits dans la constitution, faits uniques à l'époque dans un état arabo-musulman. Progressivement l'opposition islamiste se renforce et en 84 Bourguiba laisse son poste au général Zine el-Abidine, pour des raisons de santé. En 2004 celui-ci est réélu avec 94.5% des voix.